LA MER ET LA VILLE
Pour la première fois, Jérôme Bost présente dans une même exposition ces deux aspects de son travail des dernières années, deux sources d’inspiration apparemment très différentes, unies pourtant par le même regard et la même ambition : peindre le réel sans s’attacher au sujet, mais au contraire en le dominant. Au sens propre d’abord: le peintre adopte un point de vue élevé, il est debout, sur la dune, face à l’océan ; il grimpe sur les monuments de Paris pour contempler la mer des toits de la ville. Au sens dérivé ensuite : il peint sans se soumettre à la dictée du réel, mais bien plutôt en le soumettant à son regard de peintre, sensible aux combinaisons de formes et de nuances qui vont donner à la toile son rythme et sa couleur. Les mers comme les villes, tout en restituant l’étendue du paysage marin ou urbain, tendent à l’abstraction et à la monochromie.Une tonalité de base apporte au tableau la lumière dans laquelle l’élément naturel, qu’il soit liquide comme l’océan ou solide comme les murs de Paris, est apparu au peintre. Il n’a pas le souci de représenter le paysage, mais de retenir la sensation d’espace, de beauté, d’éblouissement même certaines fois, ressentie devant ce qu’il voit, au moment où il le voit, indépendamment de ce qu’il voit. Le sujet ne compte pas. Il est pourtant là, non seulement dominé, mais dompté au terme d’une confrontation qui a souvent quelque chose d’athlétique. Car Jérôme Bost, tout en tendant à l’abolir, peint toujours devant le motif. Bravant l’intempérie et l’inconfort, de préférence sur de grands et très grands formats, stimulé, on dirait même quelquefois enivré, par la difficulté de la tâche. Jérôme Bost domine enfin son sujet au sens figuré dans la mesure ou il en a fait le tour et sait le voir dans son ensemble, avec la maîtrise technique et artistique acquise au cours d’une longue et patiente recherche, poursuivie dans des paysages aussi différents que ceux d’Asie du sud-est, des alpes de Haute-Provence, dela côte aquitaine, Berlin, Paris ou sa banlieue. ll les a toujours traités de manière à faire voir l’abstraction qui est dans la nature, tout en maintenant le lien avec elle, qu’elle soit vide de présence humaine, comme l’océan, ou entièrement façonnée par elle, comme la conurbationde Paris.
Marc Thuret, décembre 2013